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16 octobre 2003

Le statut d'intermittent du spectacle : la redéfinition avant la réforme.

Déficit colossal, augmentation exponentielle du nombre de bénéficiaires dans des branches de plus en plus larges, abus avérés : une réforme s'impose. Encore faut-il se poser les bonnes questions et avoir la volonté de traiter les vrais problèmes.

En ce qui concerne le financement, le déficit est logique car seul les intermittents cotisent... Tous les employeurs, publics et privés qui bénéficient de ce statut ne cotisent qu'à hauteur des intermittents qu'ils emploient, sans qu'une autre partie de la masse de cotisation collectée ne soit reversée à ce régime onéreux. On pense aux opéras nationaux, qui sans les intermittents ne feraient travailler aucune autre personne permanente, mais aussi pourquoi pas à tous ceux qui profitent de la manne financière des festivals d'été... Toutefois, le problème s'aggrave encore lorsque le nombre de bénéficiaires explose.

Une fin en soi, plus que l'accomplissement d'un métier à part entière.
Aujourd'hui, demandez à un professionnel du spectacle vivant, du cinéma, de l'évènementiel ou de l'audio-visuel quel est son métier : "je suis intermittent" répondra une majorité. Cette réponse est éloquente, car elle met en avant un statut et non pas une profession. C'est comme si un médecin spécialiste se qualifiait en libéral... Cela démontre aujourd'hui que ce statut est devenu une fin en soi, plus que l'accomplissement d'un métier à part entière. Et toute personne motivée prête à faire certains sacrifices inhérents au statut, peut prétendre à son obtention. Là apparaît un véritable problème, que nous pouvons vérifier régulièrement : bon nombre de personnes sont ici car le statut leur semble attrayant, et non pas parce qu'ils sont professionnels. Comment alors distinguer les professionnels de ceux qui n'ont pas leur place au sein de ce régime... La profession confère le statut et non pas l'inverse.

Toutefois, bon nombre d'entre nous et parfois des professionnels avérés abusent du système, comme dans tous systèmes de notre société. Certains par exemple se salarient d'une société créée pour eux et gérée par eux, avec des noms d'amis ou de la famille dans les statuts. D'autres se contentent de faire le minimum d'heure requis pour accéder au statut en vivant au crochet du système sans l'entretenir. Des compagnies vendent des cachets à ceux qui n'en n'ont pas assez... Les employeurs ne sont pas non plus les derniers à abuser : bien souvent les allocations chômages sont prétexte à diminuer le salaire des intermittents ; sur quatre semaines de travail effectif, trois sont payées et déclarées, la quatrième étant "payée" par les Assedic. De même, on trouve aussi des "permittents" dans les entreprises car ce statut est confortable pour elles, comparé à un contrat à durée indéterminée : pas de problème de récupération, de congés payés, d'heures supplémentaires... la définition de la flexibilité selon le Medef.

Plus généralement, il faut reconsidérer la place de la culture en France.
Au-delà de ces problèmes, une chose est évidente : le professionnel sous statut intermittent est un champion de la flexibilité, avec ce qu'il faut d'individualisme pour réussir ! Et pour ces motifs, dans certains secteurs, bon nombre d'employeurs apprécient. Comment négliger aussi après la débâcle des festivals d'été la valeur ajoutée créée par ce secteur, véritable acteur économique. À Avignon, un euro investi en rapporte sept !
Plus généralement, il faut reconsidérer la place de la culture en France, en déterminant la place que l'Etat doit lui accorder. Comment les professionnels doivent être traités en tenant compte de la précarité, quelle politique culturelle pour quels objectifs... La révolte d'aujourd'hui ne doit pas porter sur des intérêts corporatistes, sur des euros en plus ou en moins. Il faut bien prendre conscience que la culture est un rempart contre l'obscurantisme et que pour cette raison, et uniquement cette raison tous les vrais professionnels sont prêts à faire de nouveaux des sacrifices, dans un secteur ou la passion domine...